Reportage
Le séjour en images:
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Témoignage d’un grimpeur passant par là …
Un peu d’histoire. Lorsque nous avons croisé le chemin de Raph au début des années débiles (années 2000, le début de la fin pour l’industrie automobile avec une succession de périodes de crise et des conditions de vie au travail de plus en plus difficiles…), lui et moi usions nos fonds de culottes respectivement sur les sièges du bureau des méthodes ferrage de l’antédiluvienne usine PSA de Saint Ouen (livrée en 1840 !...), et me concernant, sur ceux bien plus confortables du tout récent centre de design de PSA Vélizy (livré en 2004). Lui, s’émancipait professionnellement au travers de l’organisation de courses de mobilier de bureau à roulettes et autres divertissements propres à détendre une atmosphère ambiante franchement naphtalinée et peu encline à la poésie. De mon côté, je m’esquintais avec passion sur des sujets techniques innovants au profit de nos stylistes dans un contexte de créativité bien éloigné des exigences de rigueur imposées par les métiers techniques automobiles traditionnels… Deux situations, deux ambiances parfaitement distinctes qui auraient dû faire obstacle à notre rencontre si notre passion commune pour l’escalade n’avait en fin de compte fait la jonction…
En marge de mes activités professionnelles, j’ai eu plaisir dès le début de ma carrière, à donner de mon temps pour les œuvres
sociales de l’entreprise, notamment au sein de l’association Oxygène Stellantis qui s’appelait alors AC Citroën (années 80), puis AC PSA (Années 90), puis USCPCArp (2000-2015), puis Oxygène PSA (2015-2020) au gré de l’évolution groupe. Cette structure est subventionnée par les CSE des sites Stellantis Ile de France. Proposant une soixantaine d’activités sportives et culturelles elle a pour vocation de créer du lien entre salariés de l’entreprise. Je me suis investi en premier lieu pour l’organisation d’événements ski sportif (compétition alpin, ski rando et freeride), puis un peu plus tard pour l’organisation de sorties escalade. C’est dans le cadre d’une de ces dernières, en l’occurrence proposée à Omblèze dans le Vercors au printemps 2005, que nous avons vu débarquer le phénomène Raph dans toute sa splendeur. Cool, nonchalant, très à l’aise dès la première rencontre, faisant preuve d’une fraicheur remarquable, d’une solide motivation et d’un engagement marqué qui ont opportunément donné un bon coup de boost à la section. On ne comprend toujours pas par quel miracle ses « sautes d’humour » graveleuses et ses penchants pétomanes, n’ont jamais fait obstacle quelles que soient les personnalités présentes au sein du groupe… La magie, sans doute.
2005, 2006, 2007 et 2008, quatre années très actives en sorties falaises durant lesquelles nous avons profité de la présence de
Raph en tant qu’adhérent. Je vous invite à suivre ces événements via la rétrospective en images réalisée à l’occasion de la « période COVID ». Quatre petites années … et puis s’en va. Avec la crise de 2007 les dirigeants de PSA mettent en place un plan de redressement et rivalisent d’ingéniosité pour se débarrasser de leurs salariés. Raph va saisir une des premières opportunités de départ. Un plan de reconversion généreux permettant de financer une formation, d’investir du matériel et… de voir venir. En simplifiant un peu son parcours, ayant décroché le brevet d’état, c’est ainsi qu’il fait de l’escalade son métier. Adieu les courses de sièges à roulettes, l’ambiance bruyante, la poussière grasse, les fragrances d’huile de coupe des ateliers d’emboutissage, les faciès ingrats et revendicatifs du personnel ouvrier (tension perceptible encore en usine entre cols blancs et cols bleus…). Quel dommage !... Pour ses collègues surtout. Alléluia ! nous profitons pleinement aujourd’hui des qualités et compétences de Raph. En marge de ses activités FFCAM, il encadre désormais les grimpeurs non autonomes au sein des sorties escalade Oxygène Stellantis. On peut sans se tromper affirmer qu’il se situe parfaitement à sa place aujourd’hui. Mais que faisait-il donc à l’usine de Saint-Ouen à pousser des chaises à roulettes ???
Ma compagne Virginie et moi avons à notre tour récemment profité d’un ultime plan de départ proposé par Stellantis. Un CDI (Congé à Durée Indéterminé ) en quelque sorte. Bien qu’ayant quelque peu « levé le pied », je poursuis l’organisation de sorties ski et escalade chez Oxygène. Notre nouvelle vie nous permet désormais des ouvertures sur des activités auparavant difficiles d’accès lorsque nous étions actifs. C’est ainsi qu’attirés par la lumière et la musique, profitant de l’entrebâillement de la porte, nous nous sommes discrètement immiscés dans le groupe FFCAM Aix les Bains stage GV Calanques. Et grand bien nous a pris. Nous avons été accueillis avec bienveillance et simplicité. Pas de glace à rompre. En phase avec l’esprit du groupe, nous y avons de suite trouvé nos repères, nous nous sommes instantanément sentis intégrés, à l’aise. En termes plus prosaïques, nous pourrions affirmer que l’ambiance était super sympa !... Tout à fait à l’image de ce que nous connaissions dans le contexte des sorties grimpe Oxygène. A Virginie et à moi, une révélation nous apparait alors subitement : Existerait-il donc un autre monde qu’Oxygène Stellantis ?... Bin ça alors !!! L’horizon qui se déchire soudain, dévoilant ce qui semblerait à s’y méprendre à une vie après la vie… la lumière vive à la sortie du tunnel mais sans l’expérience de mort imminente !... Incroyable !...
Pour le séjour, le point de chute proposé aura été le camping Les Cigales à Cassis idéalement placé à proximité d’une boulangerie et pas trop éloigné d’un mini market. En comptant les deux encadrants Nicolas et Raph, nous étions vingt
participants occupant pas moins de six emplacements contigus pour le camp de base. Au programme, six jours de grimpe en grandes voies dans le massif des calanques Marseillaises. On a connu pire endroit ! Le cadre est magnifique et toujours apprécié pour la douceur du climat méditerranéen, ses substantielles, spectaculaires néanmoins paumatoires marches approches, ses lumières et couleurs extraordinaires, ses parfums singuliers, son ambiance sauvage, cette eau turquoise, limpide et profonde, et bien sur, pour cet étonnant calcaire aux teintes et contrastes atypiques, si particulier à la vue et au toucher, magnifiquement travaillé par la conjonction des érosions marine et éolienne. A une période de l'année où une grande partie du territoire a déjà revêtu son linceul de brume voilant pudiquement la sinistre grisaille urbaine sous l’influence poison des funestes jours automnaux (…), valeur sûre, la région Provence Alpes Côte d'Azur promet encore d’excellentes conditions pour la pratique de l’escalade. Pour autant, sur la période qui nous concerne, avec quelques épisodes de perturbations annoncés, les prévisions météos ne nous assurent pas les meilleures conditions que nous étions en droit d’espérer. On composera alors… et dans la bonne humeur. Comme toujours…
Pour tous, plutôt que la performance à tout prix, l’objectif du séjour se concentrait sur le plaisir et le renforcement de la maitrise des techniques de progression en grandes voies. Beau programme en perspective dont voici le
survol au jour le jour.
Samedi. Arrivée des participants en fin de matinée et montage du camp. L’après-midi sera consacré à l’évaluation des connaissances techniques et du niveau de grimpe de chacun sur le secteur de l’Etoile Noire.
Dimanche. En dépit de petites pluies passagères, la météo est annoncée relativement clémente. En tout cas suffisamment stable pour envisager de grands itinéraires. 10 grimpeurs partiront sur Grande Candelles. Emmy et Raph se lanceront dans les 12 longueurs d’Armata Calanca, 2 cordées de 3 (flèches) et 1 cordée simple sur le socle, respectivement sur Le Temple et la Gutemberg. Les 10 autres grimpeurs iront s’exprimer sur des itinéraires de Crêt Saint Michel à Morgiou. Beaucoup de marche et belle escalade. Journée bien remplie.
Lundi. Météo déplorable. Sortie impossible. Sous abri, le matin sera consacré à la révision des techniques de relai. Puis grimpe en salle à Altissimo Marseille. Belle salle proposant de sympathiques « envolées » jusqu’à 18m. Grimpe libre, puis atelier « école de vol ». Séance bien appréciée en dépit d’une frustration bien naturelle à devoir grimper sur résine aux portes des calanques !....
Mardi. Grimpe à Sormiou. 4 cordées sur le Bec avec une flèche sur Le Couchant (5c), une autre sur Antifada (6b+) et 2 cordées de 2 sur l’Eperon Intégral (6a+). Les autres cordées s’orienteront sur le secteur Lui d'Aï avec accès au départ des voies au niveau de la mer. Itinéraire Archipel (3 longueurs 6a max) orienté Sud Ouest. Au menu, ambiance marine, calcaire immaculé et soleil dominant à une période de l’année où on l’apprécie. Le bonheur parfait !...
Mercredi. Au programme, secteurs En Vau et Eissadon. Le mauvais temps du matin ayant retardé le départ, le projet Eissadon sera abandonné au profit d’En Vau pour tout le monde. Un groupe s’oriente sur falaise de droite avec Super Calanque (4 longueurs 5c), Pilier Gauche de la Passerelle (4 longueurs 6a+) et Pilier Droit de la Passerelle (4 longueurs 6a+ bien patiné), le reste de la troupe sur le secteur Les Sirènes avec La Saphir (5 longueurs 4c).
Jeudi. Tempête annoncée. Démontage du camp. Puis tentative avortée de grimpe en couenne du côté de la Ciotat, les conditions apparaissant incompatibles avec une pratique sécurisée en extérieur. Repli sur la salle Climp Up d’Aubagne. Structure agréable. Atelier progression technique avec suivi vidéo. Belle et ultime séance. A 16h30, fin du stage. Tout le monde se sépare… et se promet de se revoir bientôt.
Et pour conclure, car il faut bien mettre un terme à cette logorrhée scribouillarde, je propose de vous faire part de mes impressions en passant en revue chaque poste structurant du stage, le lieu, la logistique et la restauration, le groupe, l’encadrement, le programme, en y appliquant une note de 1 à 10.
Le lieu. Si le territoire regorge de pépites, il en est une qui sort vraiment du lot pour sa singularité, son ambiance et son esthétique. Qu’il pratique la couenne, la grande voie, le terrain d’aventure, ou le Deep Water, les calanques constituent en effet un terrain de jeu extraordinaire pour le grimpeur. Seul grief, les accès sont rendus difficiles par une réglementation de plus en plus drastique visant à limiter la fréquentation. Certaines marches d’approche deviennent dissuasives. Ainsi, les pourtant magnifiques secteurs Devenson, Eissadon et de l’Oule difficiles d’accès sont trop souvent délaissés. Note 10/10.
La logistique et la restauration. En QG, une caravane pliante reliée à une tente barnum cuisine équipée avec tous les ustensiles nécessaires, des bancs, de l’éclairage puissant. Les achats alimentaires ont été réalisés préalablement par Didier et Muriel. 5 groupes de cuisine ont été définis avec pour chacun une date d’intervention, le menu et la recette correspondante pour le diner et la réalisation des pique-niques du lendemain. Aux aurores, achat du pain frais à proximité et mise en route des cafés et thés tous les matins par l’équipe des lèves tôt. Les conditions auraient été parfaites (et la note 10/10 garantie) si Raph n’avait pas oublié la table principale. Cet omission aurait pu contribuer à un meilleur confort et éviter quelques incidents de table de type rencontres vestimento-alimentaires incongrues. Car en effet, le contenu d'une assiette de poire au chocolat sur le pantalon ne suscite en général pas l'euphorie chez la personne impactée !... J'en profite pour réitérer auprès de Muriel mes plus plates excuses pour ma maladresse... Note finale : 9,99/10.
Le groupe. Parfaite entente. Excellente ambiance. Je ne vous surprendrais pas en affirmant que le partage d’une passion et d’émotions fortes crée du lien au sein d’une communauté. En outre, tout le monde s’est magnifiquement impliqué et accordé dans les tâches d’intérêt collectif. Belle diversité socio professionnelle, du chef d’entreprise à l’étudiant en passant par des enseignants, une profession libérale et des retraités. Belle diversité des âges, de 16 à plus de soixante ans, une moyenne vraisemblablement aux alentours de 40 ans avec semble-t-il un bel écart-type. Belle diversité des genres. J’en ai identifié deux … dont 50% de femmes. Chez Oxygène Stellantis (émanation du secteur automobile), lorsqu’on compte 50% d’effectif féminin sur un événement, on sabre le champagne !...Note 12/10.
L’encadrement. Deux moniteurs grands, beaux et bronzés. Conseils pertinents, Bonne gestion et suivi rigoureux du matériel, choix judicieux des programmes en fonction du contexte de terrain et météo. Décisions appropriées. Note 10/10.
Le programme. Difficile de faire mieux compte-tenu d’un contexte météo peu conciliant. Note 10/10.
Et s’il me fallait ne retenir que trois choses de ce séjour :
Une découverte : sans vouloir renier mon association de cœur, il n’y a pas qu’Oxygène susceptible de vous permettre d’en prendre une grande bouffée…
Une constatation : la météo peu conciliante durant le stage nous a placé face à une évidence : l’escalade peut s’avérer être une sacré bonne leçon d’humidité…
Un moment fort : lorsqu’arrivé au relai de la deuxième longueur j’observe que ma compagne de cordée avait monté son système d'assurage à l’envers (même pas peur, même pas (encore) mort !…)…
Allez, sans rancune.
Chonch’
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