Reportage
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Un épisode largement à la hauteur des attentes...
Indéfectible depuis sa permière apparition au programme, la sortie dans les calanques de Marseille fait toujours l’objet d’un engouement particulièrement marqué. Ainsi désormais adolescent, cet épisode en fut la quinzième édition. La raison de cette récurrence est à chercher au
moins en partie au niveau du profil singulier de notre population de grimpeurs . La plupart, pratiquants occasionnels et non portés sur la performance pure, restent avides d’intérêts annexes. Et Marseille en regorge. Parmi ces centres d’intérêts locaux, bien sûr, le cadre naturel exceptionnel, la douceur du climat méditerranéen, l’ambiance estivale « après l’heure » à un moment de l’année où la région parisienne a déjà glissé dans les affres de la saison hivernale, mais aussi, le turquoise profond de l’eau ici omniprésente, dont il est difficile, même pour le moins aquatique d’entre nous, de résister à l’appel du pied. A cela ajoutons le tempérament naturel jovial de notre encadrant du moment, Raphaël, véritable catalyseur d’ambiance, dont l’effet Kiss Cool décongestionnerait le climat austère d’un conseil de discipline tenu au début du siècle dernier au lycée de jeunes filles Sainte Marie Madeleine de Plounévez-Moëdec, charmante petite bourgade de Côtes d’Armor…
Quinzième édition, donc. Après avoir successivement quatorze fois traité le sujet, nous pourrions connaitre l’angoisse de la page blanche, de la crise d’inspiration, l’obsession de la paraphrase. Pas d’inquiétude. Chaque épisode se singularise par un contexte où des situations qui lui sont propres. Cette fois, la nouvelle escapade aura été marquée entre autres, par le jeu de cache-cache contraint avec le Mistral, et l’expérience de l’accès aux sites de grimpe d’Envau par voie maritime…
Des années que le projet d’accès aux voies d’escalade par la mer murissait. Le véhicule le plus adapté à la situation serait nous dit-on, le kayak. Il était question à l’origine, de proposer la découverte de la pratique du Deep Water ( encore une idée à la c.. de Raphaël ! ). Comme tout le monde ( chamarré branché de l’escalade ) le sait, le Deep Water consiste à grimper sans système d’assurage, au dessus de l’eau, à la limite de ses capacités techniques, jusqu’à la chute. De beaux ploufs en perspective qui ravissent les amoureux du milieu aqueux !... Pour l’animal terrestre à tendance rupestre que je suis, pour qui l’eau n’a jamais été l’élément de prédilection, il s’agit surtout d’un vilain et perfide prétexte au profit des nombreux hideux pataugeurs qui gangrènent notre population d’adhérents grimpeurs ( Le grand complot international, ça vous parle ? )... Par ailleurs, nous sommes unanimes à affirmer que ramer reste un exercice fastidieux que nous sommes nombreux à reconnaitre devoir pratiquer outre mesure dans le cadre de nos activités quotidiennes... En dépit de l’insistance de Raphaël judicieusement étayée d’arguments persuasifs, j’ai su longtemps résister. Jusqu’à cette année. Mon changement de position subit a été motivé par la mise en place de conditions d’accès aux calanques de plus en plus restrictives. Atteindre les secteurs d’escalade par voie maritime devenait alors une alternative pertinente, qui plus est, originale et fun. En outre, ainsi présenté, le projet a été accueilli avec un « énoooorme » enthousiasme. Alors, banco !...
Le mistral était annoncé modéré pour vendredi, premier jour de notre séjour, forcissant significativement ensuite. L’opération « Pirates » appuyée d’une flotte de sept embarcations, sera alors déclenchée dès notre première journée sur place. C’est donc en kayak, les zygomatiques tendus à la limite de la rupture, armés de tout notre bardât de grimpe, le pagayage approximatif, souvent asynchrone, le cap hésitant, que nous nous sommes rendus tant bien que mal dans la calanque d’Envau. Après presqu’une heure de navigation laborieuse, après avoir affronté une houle impressionnante de la sortie de la baie de Cassis jusqu’à l’entrée dans la calanque, nous accostâmes hirsutes et trempés néanmoins toujours souriants ( d’avoir trop tiré sur les zygomatiques les fesses mouillées, certains, une fois secs, sont restés bloqués dans ce rictus ridicule ) sur la magnifique plage qui fait la réputation du lieu. Il nous aurait fallu environ deux fois plus de temps pour y accéder à pied. Bien vu Raph !... Nous avons engagé nos voies d’escalade à un horaire que la bienséance nous impose de taire. Les kayaks devant être rendus au plus tard à 17h, la fenêtre de tir apparaissait réduite pour des itinéraires grandes voies typées terrain d’aventure. Mais… l’aventure, c’est l’aventure, et puis, on est des pirates oui ou non ? Chaque cordée autonome est partie besogner de son côté. Raph quant à lui, a pris en charge les moins aguerris pour une grande voie classique, Saphir, 5 longueurs, 150m de bonheur, en deux cordées de trois. Escalade de milliardaires les concernant, escalade magnifique dans une ambiance exceptionnelle pour tous!... Personne ne sait encore aujourd’hui par quel mystère, le timing a bien pu être respecté. Seule certitude, les sept kayaks ont bien repris leur expédition à l’horaire prévu pour une arrivée sur Cassis à l’heure convenue… Aucune victime n’est à déplorer. Un vrai miracle !...
Le jour suivant, le Mistral fait son œuvre. Il nous faut alors trouver un site protégé de ses assauts. Satisfaire à la fois les aspirations de chacun et la diversité des niveaux techniques sur des secteurs identifiés protégés du Mistral, est une véritable gageure... Le choix sera finalement porté sur les gorges d’Ollioules, situées un peu plus au Nord dans les terres. Décision parfaitement assumée, on s’écartera le temps de cette journée de l’ambiance tant appréciée des calanques. Un peu éloignée quand-même, la mer était néanmoins toujours visible … une fois gravis quelques dizaines de mètres. Rassurant ! Le cadre, certes plus « classique », est apparu magnifique. Le calcaire, excellent d’esthétique et d’adhérence. Les itinéraires, récents, variés tant en configuration qu’en difficulté. Nous n’y avons assurément pas perdu au change. Tout le monde y a trouvé son bonheur, et les zygomatiques sursollicitées depuis la veille, commençaient à faire souffrir… Nous retiendrons des Gorges d’Ollioules qu'elles constituent un plan « B » idéal en cas de Mistral sur les calanques…
Jour 3. Etonnement, le vent a significativement baissé. Sans doute la journée TAD pour le Mistral. Ce sera alors secteur Devenson et « Sur les Traces de Gaston » pour deux des plus gaillardes de nos cordées, Cap Canaille pour les autres. « Sur les Traces de Gaston », un itinéraire
atypique qui progresse en spirale sur 150m d’escalade et 80m de dénivelé positif à l’assaut d’une cathédrale de calcaire posée sur l’eau (Tiens donc ? Une cathédrale qui flotte ??? C’est aussi ça, la magie des calanques !...). Une escalade très esthétique et protéiforme dans un cadre remarquable. Au compteur, 5h de marche pour 4h de grimpe. Autant dire que nos sportifs en ont eu pour leur argent !...
Cap Canaille, officiellement la falaise de Soubeyranes , est également un secteur incontournable. Grimper sur cette surprenante curiosité géologique est toujours jubilatoire. Surplombant la Grand Bleue, c’est une succession de strates sédimentaires contrastées par la nature, la texture et la couleur, où calcaire, grès et pouding, par ailleurs étrangement travaillés par l’érosion éolienne, se superposent conférant au massif une allure d’énorme gâteau posé là, au milieu d’un Disney Land naturel !... Magique ! Singularité du moment, nous avons assisté à une spectaculaire opération de sauvetage héliportée au pied de la falaise. Nous souhaitons le meilleur rétablissement à la grimpeuse rapatriée… Rassurons au passage nos lecteurs et nos contributeurs, cet événement malheureux ne concerne pas un de nos grimpeurs. Au programme pour les amateurs, une étonnante traversée rampo-grimpo-spéléo. Une grande virée associant à la fois des sessions de rappel, d’escalade, de spéléo et de randonnée. Encore une bonne idée de Raph. Deux autres cordées se sont lancées dans l’improbable « 2 Vauriens, 3 Canailles », itinéraire d’anthologie, un des plus accessibles du secteur, pour autant très spectaculaire. Le genre de voie qu’il convient d’avoir fait dans sa vie. Voilà, c’est fait !...
Encore une belle journée. Les zygomatiques, … je ne vous en parle pas !...
Jour 4. S’en est terminé du TAD pour le Mistral. Il en est revenu galvanisé. Il nous faut trouver un secteur au mieux protégé de ses offensives, pas trop loin de la gare Saint Charles où nous attendra un TGV pour Paris dans la soirée. Le choix s’est porté sur « Escalier des Géants », un des secteurs bas des Goudes orienté plein Sud. Site sans prétention néanmoins bien agréable, proposant une offre en rapport avec les aspirations de tous. De belles envolées avec, en arrière plan, les lames caractéristiques du massif des Goudes. So good !...
Voilà donc en quelques mots résumée notre dernière escapade Phocéenne... Vous l’aurez compris, l’avalanche de superlatifs observés dans ce récit annonce clairement la couleur. Les mines réjouies et les commentaires enjoués de fin de séjour corroborent. La sortie fut une franche réussite. Logée au registre des très bons souvenirs, cette édition marquée de quelques croustillantes singularités, restera longtemps gravée dans nos mémoires.
Lecteurs assidus, vous l’aurez remarqué, comme le bon vin, nos sorties se bonifient avec le temps. Ainsi, notre œnologue Etienne nous l’a affirmé : « 2019 restera une excellente cuvée ! ». Alors, vivement le 16ème épisode. D'ici là, par le jeu d'un exercice antagoniste, nous aurons largement le loisir de nous relaxer confortablement les zygomatiques ...
A bientôt.
Chonch’
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